- Bonjour Beautés, il me faut un magot de 10 000 francs pour payer mes dettes !
- Il est frais mon poisson, il est frais ! scène 3
Le livret
Offenbach restitue les images qu'il croise dans la rue. Le sujet est apparamment anodin. Des marchandes de légumes et de poissons apostrophent le chaland, se disputent les faveurs d'un jeune marmiton, puis revendiquent tour à tour la maternité de Ciboulette, pauvre orpheline. Un tambour-major séducteur cherche une beauté passée pour éponger ses dettes. Le marmiton et l'orpheline roucoulent d'aise. Un commissaire tente de maintenir l'ordre...
Voilà tous les éléments d'un roman populaire ! Offenbach va le tourner en fable.
Les marchandes d'âge mur sont chantées par des hommes. Les relations entre les protagonistes chancellent vers un désir que l'on nommait alors "inverti".
Les institutions sont bafouées, le commissaire battu, le mariage un détournement d'argent. L'enfant naturelle, abandonnée au père, puis confiée à de bonnes oeuvres, a été placée... mais le Hasard rendra une famille à l'orpheline.
Dès ses débuts, Offenbach exporte l'opéra dans la rue dans l'esprit du théâtre de foire. Les Dames de la Halle jouées en plein air, à la lumière du jour, sous des halles, sur des places ou encore des kiosques à musique, dans un décor naturel est un retour à ses intentions premières .
Pièce courte des plus réussies, les Dames de la Halle, inspirée des cris des marchandes du carreau des halles, est d'une facture musicale savante, d'une pureté proche de celle de Mozart. La trancription pour trombone, mandoline et clarinette est un clin d'oeil à la musique de kiosque.
S'emparer du parti-pris du travesti et le laisser gagner la distribution presque toute entière : revenir à la tradition du XIXème siècle où l'on faisait tenir le rôle du jeune marmiton par une jeune fille, prendre la liberté de faire chanter celui du tambour-major, ténor-bouffe, par une femme, la parodie du militaire d'opérette étant ainsi plus claire ; et faire appel à des acteurs-chanteurs pour travailler en nuance l'intimité de l'aspect sexuel travesti.
Conçu dans un esprit léger, un paravent en fond de scène, des costumes "trash", quelques accessoires, un sol jonché de détritus...
Sous couvert de la Nature, le texte pose la question des identités, trace toutes les étapes du désir à la filiation, interroge l'amour paternel et maternel et montre le combat entre l'Ordre représenté par la jeune fille et le commissaire et le désordre : les travestis. Ainsi, par le biais du travesti, la sexualité prend tous les genres. Les frontières du masculin et du féminin semblent floues. Nous rêvons à l'être androgyne...
PRODUCTION Les Hystériades Coproduction M.A.L. de Laon - TOURNEE : l'Athanor scène nationale d'Albi, théâtre d'Arras, Eté musical de Dijon